Aliénation culturelle en RDC : Kasereka Mbakulirahi Ghislain invite la jeunesse à défendre ses langues et traditions
Nord-Kivu — Face à la mondialisation et à l’influence grandissante des cultures étrangères, l’étudiant congolais Kasereka Mbakulirahi Ghislain tire la sonnette d’alarme sur les risques d’une progressive aliénation culturelle en Afrique, particulièrement en République démocratique du Congo.
Originaire du territoire de Beni, dans la commune rurale de Kasindi, à la frontière avec l’Ouganda, ce jeune passionné par les questions culturelles estime que la préservation de l’identité africaine constitue aujourd’hui un enjeu majeur pour l’avenir des générations futures.
Selon lui, l’essor des nouvelles technologies, des réseaux sociaux et des plateformes numériques facilite l’accès aux cultures venues d’ailleurs. Une ouverture qu’il ne rejette pas, mais qui, estime-t-il, pourrait devenir préoccupante lorsqu’elle conduit les jeunes à délaisser leurs propres langues, traditions et valeurs.
Les langues africaines au cœur de la bataille culturelle
Parmi les principales menaces qu’il identifie figure la perte progressive des langues locales.
En République démocratique du Congo, plusieurs langues nationales et communautaires demeurent insuffisamment valorisées dans certains milieux scolaires et sociaux. Kasereka Mbakulirahi Ghislain cite notamment le kinande, le kimbuba et le kihunde, parlés par différentes communautés du Nord-Kivu.
Pour cet étudiant, lorsqu’un enfant grandit dans un environnement où sa langue maternelle est dévalorisée, voire découragée dans certains espaces éducatifs, il peut progressivement développer le sentiment que cette langue est inférieure ou dépassée.
« Lorsque l’enfant ne peut pas s’exprimer librement dans sa langue maternelle, il risque progressivement de considérer celle-ci comme quelque chose de dépassé ou de tabou », estime-t-il.
Il appelle ainsi à promouvoir les langues étrangères sans pour autant sacrifier les langues africaines, considérées comme des vecteurs essentiels de l’identité et de la transmission culturelle.
Une transmission culturelle entre générations qui s’effrite
Autre préoccupation soulevée par le jeune chercheur : la rupture progressive de la transmission culturelle entre les générations.
Dans plusieurs communautés africaines, notamment chez les Nandes, la tradition orale a longtemps constitué un moyen essentiel de transmettre les valeurs, les connaissances et l’histoire communautaire.
Contes, proverbes, dictons et récits traditionnels représentent, selon lui, une véritable bibliothèque culturelle construite au fil des générations.
Mais cette transmission tend aujourd’hui à perdre de son importance face aux nouveaux modes de communication et à l’influence croissante de modèles culturels extérieurs.
À cela s’ajoutent, selon son analyse, la dévalorisation de certains savoirs traditionnels, la disparition progressive de connaissances ancestrales et l’uniformisation des modes de vie.
Quels risques pour la jeunesse congolaise ?
Pour Kasereka Mbakulirahi Ghislain, cette évolution pourrait avoir des conséquences importantes sur les générations futures.
Il évoque notamment le risque d’une crise identitaire, marquée par une perte de repères culturels et, chez certains jeunes, par un sentiment d’infériorité vis-à-vis de leur propre patrimoine.
Il relève également une inadéquation possible entre certains modèles éducatifs et les réalités locales, ainsi qu’une tendance de certains jeunes à vouloir quitter leur milieu d’origine, faute de perspectives et de confiance dans les possibilités offertes localement.
La fragilisation de la solidarité communautaire et de certaines valeurs associées à l’Ubuntu, principe mettant l’accent sur l’interdépendance et la solidarité entre les membres d’une communauté, constitue également une source de préoccupation.
Préserver les racines sans tourner le dos à la modernité
Pour autant, Kasereka Mbakulirahi Ghislain ne préconise pas un rejet de la modernité ni un retour au passé.
Son approche consiste plutôt à moderniser les traditions sans en perdre l’essence.
Parmi les pistes qu’il avance figure la valorisation des langues maternelles dès les premières années de scolarité. Il cite notamment l’exemple de Butembo, où le kinande est enseigné dans certains établissements scolaires.
Il encourage également la création de contenus numériques africains :
jeux vidéo, films, dessins animés, documentaires et autres productions capables de raconter l’Afrique à travers ses propres références, ses histoires et ses valeurs.
Pour lui, le patrimoine culturel africain peut également devenir une véritable force économique grâce au développement des industries créatives.
« L’ouverture au monde ne doit pas signifier l’abandon de nos racines »
Étudiant à l’Institut supérieur pédagogique de Beni (ISP/Beni), dans le domaine des langues, notamment le français et les langues africaines, Kasereka Mbakulirahi Ghislain se présente comme un passionné de recherche et de préservation de la culture africaine.
À travers ses réflexions, il invite particulièrement la jeunesse congolaise à ne pas considérer les langues, les traditions et le patrimoine culturel comme de simples vestiges du passé.
Pour lui, ces éléments peuvent au contraire constituer des ressources importantes pour construire l’avenir.
Son message se résume en une idée forte :
s’ouvrir au monde sans se perdre soi-même.
La modernité, estime-t-il, ne devrait donc pas effacer les racines africaines, mais offrir de nouveaux moyens de les valoriser, de les transmettre et de les faire connaître aux générations futures.
La Rédaction
