À Genève, la RDC défend ses réformes et dénonce les exactions de l’AFC/M23 dans l’Est
Lors de la 61ᵉ session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, ouverte à Genève, la République démocratique du Congo (RDC) a mis en avant ses réformes en matière de gouvernance et de protection des droits humains, tout en dénonçant les violences persistantes dans l’Est du pays.
Mardi, la ministre des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a réaffirmé l’attachement de Kinshasa aux principes de la Charte des Nations Unies et aux engagements internationaux en matière de droits humains. Elle a souligné les efforts entrepris pour consolider l’État de droit, notamment une politique de fermeté contre les violences sexuelles liées aux conflits armés, avec l’ouverture de procédures judiciaires contre les auteurs présumés.
Le gouvernement a également instauré un mécanisme de réparation au profit des victimes, via un fonds dédié prévu par une loi spécifique. Ce dispositif vise à restaurer les droits et la dignité des personnes affectées, en particulier les femmes et les enfants. Dans le cadre de la lutte contre l’impunité, la création annoncée d’un Tribunal pénal économique et financier doit permettre de poursuivre les infractions liées à la corruption et aux crimes économiques, considérés comme un frein majeur au développement.
Concernant l’exploitation des ressources naturelles stratégiques, la ministre a insisté sur le respect des normes internationales et des principes directeurs de l’ONU relatifs aux entreprises et aux droits humains, affirmant la volonté de l’État de mieux encadrer les chaînes de valeur.
Malgré ces initiatives, Kinshasa estime que la situation sécuritaire dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu compromet sérieusement les avancées enregistrées. Les zones contrôlées par l’AFC/M23, avec le soutien présumé des forces rwandaises, seraient le théâtre de violations massives des droits humains. La ministre a rappelé que plusieurs mécanismes onusiens, dont le Groupe d’experts et une mission d’établissement des faits, ont documenté la gravité de ces abus. Elle a également évoqué la résolution du Conseil des droits de l’homme créant une commission d’enquête indépendante, ainsi qu’une résolution du Conseil de sécurité condamnant ces violations.
Parmi les exactions recensées figurent des assassinats, des violences sexuelles utilisées comme arme de guerre, des déplacements forcés de populations, l’enrôlement d’enfants et le pillage de ressources naturelles. Un rapport consolidé des autorités congolaises, élaboré avec des organisations de la société civile, fait état de plus de 17 000 atteintes graves aux droits humains, dont plus de 15 000 décès. Des centaines d’enlèvements auraient également été enregistrés, tandis que les violences sexuelles demeurent alarmantes. Les chiffres avancés évoquent en outre des millions de déplacés internes.
Face à cette situation, le gouvernement affirme avoir pris des mesures juridiques, notamment par une ordonnance présidentielle publiée en novembre 2025 déclarant nuls les actes posés par les forces d’occupation dans les territoires concernés.
La 61ᵉ session ordinaire du Conseil des droits de l’homme se tient du 23 février au 31 mars 2026 au Palais des Nations. Plus de 80 rapports doivent y être examinés, couvrant la situation des droits humains dans une quarantaine de pays. Plusieurs débats interactifs sont prévus avec des experts indépendants et des titulaires de mandats au titre des procédures spéciales. Un segment de haut niveau réunit des représentants de plus d’une centaine d’États pour débattre des enjeux prioritaires en matière de droits humains. La situation en RDC figure parmi les dossiers majeurs inscrits à l’ordre du jour, dans un contexte marqué par la persistance des violences dans l’Est du pays.
Joël Tshimanga
