RDC : le dialogue politique, clé de la paix en Ituri

Alors que l’insécurité perdure dans l’Est de la République démocratique du Congo, la question du dialogue politique s’impose de nouveau dans le débat national. Pour certains, négocier avec des groupes armés relève de la faiblesse de l’État. Pour d’autres, c’est une étape incontournable vers la paix. Sur le terrain, notamment en Ituri, la réalité appelle une lecture plus nuancée.

Les offensives menées par les FARDC ont permis de reprendre certaines zones et de réduire l’influence de plusieurs milices. Mais ces avancées restent fragiles : les groupes armés se reconstituent, changent de stratégie ou renaissent sous d’autres appellations. Ce cycle démontre que la solution militaire, seule, ne suffit pas à stabiliser durablement la région.

La crise sécuritaire est aussi politique et sociale. En Ituri, les violences s’enracinent dans des conflits fonciers, des rivalités communautaires, des frustrations économiques et un sentiment d’abandon. Tant que ces causes profondes ne seront pas traitées, les armes continueront de parler, malgré les opérations militaires.

Dialoguer ne signifie pas capituler. Le risque majeur est de transformer la violence en tremplin politique. Si chaque rébellion débouche sur des postes ou des avantages, le message est clair : prendre les armes devient un moyen d’ascension. Un dialogue crédible doit donc être encadré, inclusif et orienté vers l’intérêt général, non vers le partage de privilèges.

Pour être efficace, ce processus doit dépasser les élites politiques. Il doit intégrer les communautés locales, la société civile, les leaders religieux, les femmes et les jeunes. Il doit aussi s’accompagner de justice, de réformes sécuritaires et d’investissements visibles dans les zones affectées. Sans cela, les accords resteront des textes sans impact réel sur la vie quotidienne.

La paix durable ne naîtra ni uniquement des armes, ni uniquement des discours. Elle résultera d’un équilibre entre sécurité, justice, gouvernance et dialogue sincère. Refuser de parler, c’est risquer d’entretenir la guerre. Dialoguer sans réformes, c’est repousser le problème dans le temps.

En Ituri, la question n’est pas de savoir s’il faut dialoguer, mais comment, avec qui, et pour transformer réellement la situation.

Olivier Bahemuka

By olivier

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